L'IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) est l'équivalent du GIEC pour la biodiversité : une plateforme intergouvernementale indépendante chargée d'évaluer l'état des connaissances scientifiques sur la biodiversité et les services écosystémiques. Ses rapports font autorité à l'échelle mondiale.
Les chiffres clés de l'évaluation globale IPBES
Le rapport d'évaluation globale de la biodiversité et des services écosystémiques publié en 2019 et actualisé depuis représente le bilan le plus complet jamais réalisé :
Disparition accélérée des espèces
- 1 million d'espèces sont actuellement menacées d'extinction, sur un total estimé à 8 millions d'espèces sur Terre ;
- Le taux d'extinction actuel est 10 à 100 fois supérieur à la moyenne des 10 derniers millions d'années ;
- 40% des espèces d'amphibiens, 33% des coraux récifaux et 10% des insectes sont menacés ;
- Les populations de vertébrés sauvages ont diminué de 69% entre 1970 et 2018 (selon l'Indice Planète Vivante du WWF, cohérent avec les données IPBES).
Dégradation des écosystèmes
- 75% des milieux terrestres et 66% des milieux marins ont été significativement altérés par les activités humaines ;
- Plus de 85% des zones humides mondiales ont disparu depuis 1700 (avec une accélération depuis 1900) ;
- 15% des terres émergées seulement sont protégées, et une grande part de ces espaces protégés sont fragmentés ou sous-gérés.
Cinq causes directes identifiées
Le rapport IPBES identifie cinq facteurs directs de perte de biodiversité, par ordre décroissant d'impact global :
- Les changements d'utilisation des terres et des mers (artificialisation, déforestation, agriculture intensive) — cause principale ;
- La surexploitation directe des organismes (pêche, chasse, collecte) ;
- Le changement climatique — en hausse rapide dans son impact relatif ;
- La pollution (pesticides, plastiques, nutriments, bruit, lumière) ;
- Les espèces exotiques envahissantes — en augmentation accélérée avec la mondialisation.
La situation en France métropolitaine
La France héberge une biodiversité remarquable à l'échelle européenne, en raison de sa position géographique et de la diversité de ses biogéographies (continentale, atlantique, méditerranéenne, alpine, boréale). Mais cette richesse est sous pression :
- 26% des espèces d'oiseaux nicheurs sont en déclin marqué en France depuis 1989 (STOC/MNHN) ;
- Les populations d'insectes volants ont diminué de plus de 75% en 27 ans dans certaines régions européennes (selon l'étude Krefeld, 2017) ;
- 67% des habitats naturels d'intérêt communautaire sont en état de conservation défavorable en France (rapport DHFF 2019) ;
- La surface de zones humides a diminué de plus de 50% depuis le milieu du XXe siècle.
Pourquoi ces chiffres comptent pour les professionnels
Pour un professionnel du génie écologique, ces données ne sont pas abstraites :
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Elles justifient la réglementation. L'ensemble du corpus législatif — séquence ERC, protection des espèces, zones humides, Natura 2000 — est une réponse directe à cette crise. Comprendre les chiffres, c'est comprendre pourquoi ces règles existent et pourquoi elles vont continuer à se renforcer.
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Elles définissent les enjeux de vos chantiers. Lorsque vous intervenez sur une berge ou une zone humide, vous intervenez sur un écosystème dont la disparition contribue à une crise planétaire. Cette prise de conscience change la façon dont on aborde les mesures de protection.
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Elles annoncent la demande future. Le règlement européen de restauration de la nature (2024) est une réponse directe aux données IPBES. Les objectifs de restauration qu'il fixe se traduiront en chantiers concrets — et en besoins de compétences — dans les prochaines années.